le patchwork
Mots-clés : Brésil , Erythrée
Al Qaeda de plus en plus menacé en Afghanistan (où se trouverait environ une centaine de membres seulement) et au Pakistan (où les leaders, afin d'échapper aux frappes de drones de plus en plus meurtrières, se réfugient à Karachi et, avec moins de succès, à Lahore) ayant depuis plusieurs mois décidé une délocalisation en Somalie et au Yémen , se trouve désormais à la fois très affaiblie mais dans une position stratégique nouvelle: au centre de la plus plausible propagation d'une guerre inter-Arabe et inter-musulmane d'une ampleur qu'il est encore difficile de prédire.
Nous avons vu dans l'article précédent ce qu'il en est de la situation en Somalie , le point le plus excentré.
Il convient aujourd'hui de nous pencher sur le berceau dans lequel d'étranges fées ont placé le bébé.
Le début du glissement
Sous le prétexte de venir en aide à la tribu des Houtis, l'Arabie Saoudite a concentré de très importantes forces autour de sa frontière commune avec le Yémen , fait évacuer plus de 150 000 de ses propres ressortissants frontaliers et commencé à bombarder villages, casernes, points de communication, etc.
Des soldats saoudiens ont pénétré au Yémen dont les forces ont répliqué, tuant un peu plus d'une centaine d'hommes.
L'armée yéménite est relativement sous-équipée mais plutôt bien entraînée et rompue aux opérations sur ces territoires très particuliers.
Foire aux navires de guerre.
Pendant que se déroulent ces opérations, la Mer Rouge s'encombre: on dénombre aujourd'hui au moins trois navires de guerre israeliens, trois américains, des égyptiens, des saoudiens, des indiens, quelques vedettes erythréennes sans compter les navires français qui ne cessent de mouiller au verrou de Djibouti, en provenance ou en partance de la fameuse opération anti-pirate, dont nous considérions qu'il s'agissait plus d'un test en grandeur nature que du souci d'arrêter ce qu'on continue à appeler du piratage.
A cette joyeuse troupe s'ajoute la présence de trois bâtiments de guerre iraniens.
Tout ce petit monde surarmé et suréquipé se croise sans arrêt, augmentant les probabilités de dérapage.
La présence des Israeliens, des Yéménites, des Erythréens et des Egyptiens s'explique par leur statut littoraux.
Celle des Américains et des Français, par leur prétention à une capacité de régulation et de protection des routes commerciales, un argument dont on sait qu'il a toujours servi à tout et n'importe quoi.
Téhéran hors des rangs
Celle des Iraniens est à la fois plus subtile et plus hardie.
En créant un centre de gravité hors du Golfe Persique, Téhéran dénie son isolement et l'impression qu'il serait encerclé, proclame au monde son indépendance, gagne du prestige et gagne du temps.
Mais surtout, l'Iran affirme sa capacité à jouer sa partition dans un mouvement auquel on assiste, qui voit trois conflits régionaux séparés se fondre en une possibilité de guerre aux dimensions globales
A cela s'ajoutent les préoccupations chinoises, japonaises, coréennes et indiennes de voir menacées les routes d'importation du pétrole  et d'exportation de leurs produits.
On voit donc que de micro-local, le conflit comporte une dimension intercontinentale.
Cette situation a un petit air de conflit des Balkans du début du XIXème siècle, dans lequel se forment des alliances à configurations variables.
Israël  , l' Arabie Saoudite  , les USA  , les Emirats et le Yémen  du Nord
l' Ethiopie  , les USA 
Le Soudan  , la Chine  , Al Qaida, le Yémen  du Sud
L'Erythrée, le Yémen  du Sud, l' Iran  , le Pakistan 
La Russie  , l' Iran  , l' Inde 
Le Yémen  (Sud et Nord) contre l' Arabie Saoudite  et les USA  .
Ceux qui ont l'air de ne pas y toucher
Quelques observateurs s'impliquent et s'inquiètent à des degrés divers ( liste non-exhaustive):
- La France, qui navigue entre son souci de ne pas perdre pied à Djibouti, de protéger ses pêcheurs en Mer d'Arabie et dans l'Océan Indien, et le devoir de marquer sa puissance aux yeux des Emirats qu'elle courtise.
- La Russie
, qui garde des liens avec le Yemen et l'Iran (pour faire contrepoids à un futur Aghanistan délaissé par l'Occident), mais aussi depuis peu avec Israel , puis avec l'Inde dans une perspective de rivalité constante envers Pékin et constate avec inquiétude la diminution de ses moyens de l'autre côté c'est-à-dire dans la Mer Noire, ce qui l'empêcherait de jouer sa partition vis-à-vis des pays du Caucase, de la Turquie et du Levant.
- L'Inde
justement, de plus en plus inquiète devant l'expansion de la puissance navale chinoise, qui trouve une alliance de fait avec le Japon et la Corée du Sud.
On peut aussi envisager une petite visite du Brésil, de plus en plus enclin à se poser en médiateur de tout pour tout le monde, tout en en profitant pour vendre des armes.
Nous verrons dans un prochain article les conséquences à prévoir de cette étrange bouillabaisse tactique et de ce patchwork stratégique bredouillant.
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une guerre alternative
Mots-clés : Erythrée, Yemen , Afghanistan , Al Qaeda , USA , somalie 
Ce qui devait arriver... arrivera.
Après les craintes annoncées à la suite d'une initiative malvenue de l'ex-président Bush, après les prévisions d'un déménagement obligé d'Al Qaeda, voici que les premières conséquences prennent corps.
Parce que les forces qui avaient pris le contrôle de Mogadiscio se réclamaient de l'Islam, Bush avait chassé un gouvernement somalien qui s'était pourtant révélé capable de chasser les clans armés et de rétablir l'ordre, mettant fin à des dizaines d'années d'anarchie meurtrière, à Mogadiscio d'abord, puis petit à petit dans le reste du pays.
Pour éliminer ce mouvement, l'aviation et les forces spéciales US avaient tiré comme d'habitude un peu à tort et à travers, puis le président Bush avait fait envahir la Somalie par l'armée ethiopienne, dans le but de "rétablir la paix et la démocratie".
Les forces armées ethiopiennes, à majorité chrétienne, réalisèrent vite que le pays n'était pas tenable et, rappelées par leur gouvernement pour cause de regain de tension avec l'Erythrée, quittèrent le territoire de leur voisin, laissant à nouveau la place aux diverses factions armées.
Les Somaliens tentèrent alors, grâce à l'aide de l'OUA et de l'Organisation des Etats Islamiques, de recréer un semblant de légitimité.
Un gouvernement islamiste modéré (celui qui, précisément, avait été chassé par les USA ) a essayé de rétablir le calme mais a vite été obligé d'engager le combat avec entre autres, deux grandes formations islamistes anciennement alliées, bien plus radicales, dont les redoutables et cruels Shabab qui veulent importer en Somalie un wahabisme étranger aux coutumes et traditions du pays.
Ces shabab sont aidés par les camps saoudiens qui soutiennent Al Qaeda (et vraisemblalement aussi par l'Iran , pour des raisons stratégiques) et du coup l'Amérique, par un étonnant (mais fréquent) retour des choses, vient en aide à ceux qu'il avait contribué à affaiblir, en l'occurence les forces loyalistes (qui ne sont plus désignées comme "islamistes" outre-Atlantique).
La tâche d'huile
Cette aide prend plusieurs formes: approvisionnement en armes achetées non plus en Corée du Nord comme la dernière fois, mais en partie en Ukraine, et en partie dans la joyeuse communauté des marchands d'armes; surveillance satellite et aérienne, soutien armé aérien, infiltration de près de 200 membres des forces spéciales, instructeurs auprès des troupes d'élite du gouvernement; mercenaires (le nouveau nom pudique est: "contractors" -contractuels en Français).
Ces luttes ont pour résultat premier de réimpliquer directement l'armée US dans la corne de l'Afrique et de risquer de refaire le coup de l'Afghanistan avec quelques nuances.
Elles ont aussi pour résultat, en voulant interdire à Al Qaeda de se mêler aux Shabab, de concentrer la base terroriste au Yemen, ainsi que nous le prédisions; initiative inutile, ainsi que nous l'expliquions, notamment pour des raisons de racisme.
il ne faut cependant pas négliger la crainte très forte de l'Amérique de voir l'organisation de Ben Laden prendre sol sur le continent Noir.
La tentation des alternatives
Cependant Washington ne peut risquer tout de go de mettre les pieds directement au Yemen. Il lui faut donc engager un proxy: ce sera l'Arabie Saoudite .
L'ennui, quand on fait une guerre par intermédiaires, c'est que l'adversaire en fait autant et trouve souvent un ou des alliés improbables, ce qui peut transformer l'avatar en premier personnage.
C'est là que l'on verra comment l'Iran , déstabilisé par ses ennuis intérieurs, trouve une occasion de régler plusieurs comptes avec une finesse inattendue.
Mais aussi en concentrant des facteurs d'explosion qui menacent non seulement Téhéran mais aussi (dans le désordre, liste non-exhaustive) l'Egypte, Israël , le Yémen, le Soudan , l'Erythrée, l'Ethiopie , l'Arabie Saoudite , les Emirats Arabes Unis ainsi que plusieurs pays d'Asie qui craignent pour leur approvisionnement en pétrole .
Nous verrons dans la deuxième partie de cet article, comment se présente la montée d'une situation extrêmement dangereuse que, pour les instants, les media ignorent et sur laquelle les gouvernements occidentaux se gardent bien de communiquer.
Ce qui ne saurait durer.
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ses diversions déja contournées
En cédant aux demandes pressantes de son état-major et en envoyant en Afghanistan environ 30 000 hommes supplémentaires accompagnés par la feuille de vigne européenne de 7000 membres de l'OTAN , le président Obama se livre principalement à un exercice de diversion en plusieurs directions.
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Suite de l'article ...
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Déménager n'est pas chose aisée
Les signes d'une aversion envers les méthodes de la "base" (Al Qaida) se manifestent de plus en plus dans les régions incontrolées du Pakistan et de l'Afghanistan .
Du coup le mollah Omar, en lutte avec les clans Haqqani et Mehsud pour retrouver le plein contrôle du mouvement Taliban , doit se distancier encore plus de Ben Laden et consorts (qu'il considérait non pas comme un allié mais plutôt comme un hôte).
Ceux-ci doivent partir, d'autant que le filet des Occidentaux est en train de se resserrer et que l'ISI n'a plus besoin de leurs services au Cachemire.
Restent donc deux bases de repli, déjà en partie noyautées par des officiers subalternes: la Somalie et le Yemen (le gouvernement algérien est trop fort, et l'erythréen trop fantasque) .
La Somalie , une occasion ratée par tout le monde.
Le gouvernement islamiste modéré qui s'est installé (sur une fesse) à Mogadiscio est en train d'être méticuleusement chassé par les Shabab, ce mouvement extrémiste dont les méthodes font immanquablement penser à celles d'Al Qaida Maghreb, c-à-d démontrant un mépris total de la vie humaine et une grande élasticité dans sa lecture du Coran.
Il parait donc envisageable pour al Qaida de profiter de l'erreur africaine de Bush depuis que ses alliés Ethiopiens chrétiens sont partis, et de faire de Mogadiscio un remake de Kaboul.
Pourtant, un certain nombre d'écueils paradoxaux s'y opposent, dont certains ne semblent pas si faciles à régler:
- Il est moins facile d'échapper à la surveillance électronique en Somalie
que dans les provinces pakistanaises du Nord-Ouest, ou les villages afghans: le territoire ne s'y prête tout simplement pas.
- Les traditions des différents peuples somaliens, pour celles qui demeurent en tous cas, ne comportent aucun système aussi protecteur que le pashtunwali.
- Les Somaliens sont Noirs. Or les membres d'Al Qaida sont Arabes et ont moins de facilité à se fondre dans la population.
- De plus on ne peut sous-estimer une certaine dose de racisme latent: les seigneurs d'Al Qaida, dans leur folie extrémiste et leurs arrogantes certitudes, se comportent souvent comme les descendants des marchands d'esclaves qui fournissaient les mines d'Europe
, les champs d'Amérique, les labeurs les plus durs en Arabie. Ils estiment que l'Islam est avant tout Arabe alors que la réalité d'aujourd'hui attribue à cette arabité une position minoritaire dans le monde musulman.
L'autre écueil somalien est évidemment constitué par la farce des actions anti-pirates, menées ces temps-ci par un nombre croissant de marines de guerre venues de partout.
Ces opérations visant officiellement à garantir le libre passage des marchandises permettent toutes les expérimentations: Al Qaida sait très bien qu'elle y servirait d'alibi aux manoeuvres en conditions de guerre réelles, de surveillance et de frappes ultra-modernes auxquelles les principaux pays modernes ont décidé de se livrer pour des motifs que nous aborderons dans un prochain article.
Le Yemen, un Afghanistan de second choix
Situé entre l' Arabie Saoudite  au Nord, le Sultanat d'Oman à l'Est et, de l'autre côté du Golfe d'Aden, l'Erythrée et la Somalie  au Sud,ce pays présente un grand nombre de parallélisme avec l'ancien empire Moghul: la population est musulmane, armée  , partitionnée en tribus, prétextes idéologiques, rancunes ancestrales, rivalités brigandes, coutumière des trahisons en éventail, etc.
Le haschich est remplacé par le qat, les infrastructures sont dramatiquement obsolètes, le pouvoir central une façade.
Un avantage sur l' Afghanistan  , les Yéménites sont Arabes et l'on en compte déjà un nombre important dans la mouvance combattante, aussi bien en Afghanistan  , au Pakistan  qu'au Cachemire et avant celà, en Irak  .
Al Qaida est déjà en train de s'y implanter, la démonstration en a été donnée par le meurtre récent de touristes pris en otages, une première dans ce pays où l'on pratique le rançonnage comme d'autres la culture de tulipes.
Mais la ferveur locale, l'adhésion au mythe du grand califat manquent. De plus, peu de revenus peuvent espérer être tirés de la situation locale, or les fonds en provenance de l'extérieur ne suffisent qu'à peine à faire fonctionner la machine secrète de l'organisation. Il est indispensable de trouver de quoi acheter les amitiés yéménites, déjà sous le collimateur des puissances occidentales, financer les opérations terroristes et, plus généralement subvenir aux besoins très onéreux de la clandestinité.
On peut donc s'attendre dans les mois, mais plus surement dans les semaines à venir à une période de grande vulnérabilité pour la hiérarchie (et même, pour toute l'organisation).
Comme souvent, la parade de protection utilisée par la bande constituera en une stratégie de diversion qui devrait se manifester par des menaces et au moins un attentat médiatique, visant soit une capitale ou une représentation diplomatique occidentale, soit un autre symbole tel qu'un avion ou un paquebot de touristes.
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